L’histoire de la Bachata
Bienvenue au monde de la bachata ! Sur cette page tu vas découvrir un peu de son histoire riche et mouvementée, mais ce n’est pas tout. Pour plus de détails sur la bachata moderne et ses variations – y compris les pas et/ou techniques qui y sont particuliers – ou bien les instruments, tu peux cliquer sur les différents liens pertinents au sein de l’article (notamment dans la dernière section).
La bachata, ses origines et son évolution
La bachata – partie intégrante du trio latino désormais emblématique SBK et sûrement la raison de ta venue sur ce site – trouve ses origines dans les quartiers pauvres de la République dominicaine. Née au milieu du XXe siècle de l’évolution de styles musicaux déjà présents, dont principalement le boléro rural, elle connaîtra une histoire conflictuelle et politisée avant de s’imposer aujourd’hui sur les pistes de danse du monde entier.
Pourtant, malgré l’oppression de la culture populaire rurale et des classes pauvres pendant la dictature de Rafael Trujillo dans les années 1940 et 1950, la bachata parvient à survivre et à devenir un pilier durable de la culture dominicaine.
L’origine du mot bachata ne se trouve pourtant ni dans la danse ni dans la musique, mais dans les rassemblements locaux, souvent de quartier, entre amis et proches, que l’on appelait una bachata. Peu à peu, la musique qu’on y jouait – d’abord des boléros et des merengues, deux styles déjà bien enracinés dans la culture dominicaine et plus largement dans la culture latino-américaine – se transforme progressivement en la bachata telle qu’on la connait dans les années 1960.
Les années 1960 et la naissance de la bachata
Les artistes principaux de la bachata enregistrent leurs premiers sons pendant les années 1960. Les trois grands noms de cette époque sont :
- José Manuel Calderón (1941- ), à qui l’on attribue les premiers enregistrements de bachata diffusés au grand public en 1963: Borracho de amor (en français : Ivre d’amour) et Condena (¿qué será de mi?) (en français : Punition (que vais-je devenir?)). Tu peux consulter son site officiel ici.
- Rafael Encarnación (1944-1964), mort à l’âge de 20 ans, laissant néanmoins derrière lui au moins 12 chansons enregistrées en 1963 (disponibles sur YouTube) et qui ont fortement marqué le public dominicain.
- Luis Segura (1939- ), qui enregistre sa première bachata en 1964 sous le titre Cariñito de mi vida (en français : « Ma chérie », littéralement : « l’amour de ma vie »). Tu peux consulter son site officiel ici.
Contrairement aux musiques que l’on entend souvent dans les soirées bachata d’aujourd’hui, ces chansons utilisaient peu d’instruments : une ou deux guitares, les maracas, les bongos et la güira. Même si, dans certaines soirées de bachata dominicaine, on peut encore entendre des morceaux interprétés uniquement avec ces instruments, on remarque que la musique des années 1960 reste plus simple dans sa structure.
La bachata évolue (1970-1989)
Pendant les vingt premières années de son existence, la bachata fut diffusée surtout par Radio Guarachita, station populaire et alors la seule à diffuser de la bachata et du merengue en continu.
Durant les années 1970, plusieurs artistes rejoignent cette radio et poursuivent l’évolution musicale amorcée dans les années 1960. On peut notamment citer Mélida Rodriguez, première femme à enregistrer les chansons de bachata dont la plus renommée est La Sufrida (« La souffrante »), et Leonardo Paniagua, avec sa propre chanson Mi Secreto (« Mon secret ») ou bien ses covers iconique d’Amada Amante (« Aimante aimée ») et Chiquitita du groupe ABBA.
Puis, au début des années 1980, Luis Segura sort une chanson qui ouvre un nouveau chapitre pour cette musique dominicaine : Pena por ti (« De la peine pour toi »). Cette chanson gagne vite en popularité au sein de la République et ouvre la voie à d’autres artistes tels que Marino Pérez, connu pour ses paroles mélancoliques relevant les problèmes des classes pauvres (avec par exemple El Trago de Olvidar, (« Le Verre pour Oublier »)), et Blas Durán, connu surtout pour l’introduction de la guitare électrique à la bachata dans ses chansons comme Consejo a las Mujeres (« Un conseil pour les femmes »), ainsi que pour ses paroles à double sens, comme dans La Arepa (« Le Pain au Maïs »).
La bachata arrive sur la scène mondiale
Tous les chanteurs mentionnés ci-dessus forment partie intégrante de l’identité musicale dominicaine mais ne sont pas forcément très connus en dehors de cette sphère-là, alors que les chanteurs que voient naître les années 1990, eux, réussissent à gagner la scène mondiale pour faire de la bachata un phénomène mondial. Pendant cette époque, on connaît surtout Juan Luis Guerra, chanteur de la fameuse Bachata Rosa (« Une Bachata Rose »), et le groupe Aventura, qui a su révolutionner la guitare bachatera et qui a popularisé la bachata dans le monde entier avec ses chansons iconiques Cuando Volverás (« Quand reviendras-tu? ») et Obsesión (« L’obsession »).
Mais la bachata ne reste pas figée. Au fil des années, les artistes qui chantent ces rythmes dominicains se multiplient et s’approprient la musique, la transformant et la modernisant. Désormais on trouve des artistes et des DJs de partout dans le monde, comme Prince Royce (USA), Sebas Garretas (Espagne), Dani J (Espagne), DJ Cat (Pologne), DJ Tronky (Italie) et plein d’autres.
La place de la bachata s’est éternalisée avec la reconnaissance par l’UNESCO en 2019 de cette danse dominicaine sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Malgré son évolution et les changements qu’ont apporté les années à cette musique, elle ne sait pas oublier ses racines dans le boléro rural, les milieux pauvres et la vie quotidienne. On peut toujours voir dans les paroles de quelques chansons très connues des histoires qui ne racontent pas l’amour mais les épreuves des expériences vécues qui résonnent à travers le temps et les cultures. « Invisible » de Prince Royce, où il raconte son enfance marquée par son père ‘invisible’, ou bien « Brindo con Agua » de Romeo Santos, qui traite de la violence domestique, sont deux puissants exemples.
Le futur de la bachata
Dans la continuité de sa trajectoire, la bachata se voit aujourd’hui influencer par beaucoup d’autres styles musicaux. Au delà des rythmes de bachata dominicaine, on peut y retrouver : du zouk brésilien, créant le bachazouk; du tango, d’où naît le bachatango; les rémixes des chansons pop, donnant lieu aux trois styles de bachata sensuelle, moderne, ou influence. De musique marginalisée à phénomène mondial, la bachata continue d’évoluer… mais sans jamais oublier d’où elle vient.
Pour lire plus sur la bachata, son histoire et sa place au monde
En français :
- La bachata : origine et exclusion culturelle (Le Petit Journal)
- Origine de la bachata (Évasions Gourmandes)
- La bachata inscrite au patrimoine mondial immatériel de l’UNESCO (Latina)
- Les identités en mouvement à travers la pratique de la bachata (Mémoire de MSc, Université de Montréal)
En Español :
- La Bachata: Historia y Evolución (UNIMINUTO Repository)
- La Bachata como Expresión Cultural (Revista Orkopata)
In English :
- Bachata: From the Margins to the Mainstream (Cambridge – Popular Music Journal)
- The Globalization of Bachata (Carleton University Repository)
- Linguistic Features of Bachata Lyrics (Journal of Spanish in Context)
- Bachata and Dominican Identity (JSTOR Article)
- Music and Marginality in the Dominican Republic (JSTOR Article)